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Yann Delaigue : j’aime pouvoir échanger avec un arbitre

Avec 20 sélections en Équipe de France, Yann Delaigue a répondu à nos questions sur son expérience avec le corps arbitral. Une vision claire et décomplexée qui met en lumière le travail de communication, important pour cet ex-joueur du Racing Club Toulonnais.

Le petit Mozart, le surnom de Yann Delaigue, lui a été donné car il a été un joueur très doué et remarqué très tôt. Champion du Monde avec l’équipe des moins de 18 ans en 1992, ce titre à été le point de départ de beaucoup de succès avec, notamment, un premier titre de champion de France avec le Rugby club toulonnais en 1992. Il rejoint le Stade toulousain avec qui il remporte deux nouveaux boucliers de Brennus en 1999 et 2001 puis un titre de champion d’Europe en 2003. Il dispute son premier match en équipe de France en 1994 à l’âge de 21 ans contre l’équipe d’Écosse. À son compteur, pas moins de 20 sélections en Équipe de France !

En 2007, ce joueur de qualité a raccroché le maillot pour devenir consultant pour des chaînes télévisées avant de se reconverti dans le sponsoring, le consulting et l’événementiel.

Fort d’un parcours de joueur international, Yann Delaigue nous a partagé son expérience avec les arbitres et nous fait part d’un point essentiel : la communication.


Bonjour Yann,
Nous sommes ravis de pouvoir recueillir ton expérience avec le corps arbitral. C’est une relation toute particulière entre un joueur et un arbitre. Vous partagez le même terrain, vous communiquez ensemble. Avec ton expérience, quels ont été tes ressentis concernant ce rapport avec l’arbitre ?

C’est un rapport particulier car il existe beaucoup de similitudes entre un arbitre et un joueur. En effet, l’arbitre de haut niveau se prépare comme un sportif de haut niveau sur le plan physique. Il est tout autant passionné que le joueur. Il a un sens critique exacerbé pour progresser. Cette critique le fait avancer pour s’améliorer. Et puis l’arbitre fait partie de la famille du rugby avec les valeurs qui caractérisent ce sport. 

Pour que ce rapport soit le plus fluide et constructif, personnellement je pense que l’arbitre doit être dans l’échange, dans la pédagogie avec les joueurs. L’arbitre peut faire des erreurs comme les joueurs commettent des fautes.

Sur les terrains, j’échangeais assez régulièrement pour comprendre lorsque ce n’était pas clair. Mais sinon j’essayais de rester discret pour ne pas que tout le monde lui parle. L’arbitrage doit intéresser obligatoirement un rugbyman de haut niveau car celui ci doit tout comprendre pour répondre par des attitudes adaptées dans les règles. L’arbitrage du rugby est très complexe car il y a beaucoup de règles et beaucoup de décisions sont souvent à l’appréciation des hommes et femmes. Un joueur doit donc être sensibilisé aux règles.

J’aime pouvoir échanger avec un arbitre. Je n’aime pas le côté « père fouétard » ou « flic » ou encore la mauvaise foi car il n’y a pas de honte à reconnaitre des erreurs. La priorité est d’avoir des échanges respectueux, cordiaux, normaux. 

Comme joueur, tu attendais quoi de la part d’un arbitre ?

Il doit évidemment connaitre parfaitement le règlement. 
Il doit être respecté des joueurs par ses compétences et sa façon de respecter les joueurs, de les traiter en égal.
Enfin, il doit s’appuyer, s’aider par la technologie tout en assumant ses responsabilités.

Lors d’une finale du TOP 14 en 2001, l’arbitre me siffle une faute juste avant la mi temps qui donne 3 points à l’équipe adverse. Je considère que je suis dans mon droit et dans la règle. En rentrant vers le vestiaire, je dis à l’arbitre que je ne comprends pas sa décision et lui décrivant un détail qu’il n’avait pas vu mais qui me donnait le droit de faire mon choix. L’arbitre à ce moment là me dit: « Excuse moi, je n’avais pas vu ce détail. Tu as raison, je me suis trompé. »
Je lui ai répondu que j’avais loupé une passe et un coup de pied en première mi-temps et que j’avais donc aussi fait des erreurs pendant le match. Le fait qu’il reconnaisse son erreur m’a conforté et j’ai complètement pardonné son erreur à partir du moment ou il l’a avoué et assumé.

Cet arbitre représente ce que j’attendais d’un arbitre sur un terrain : un homme responsable et honnête.

Tu as des attentes précises d’un arbitre et cette anecdote met en lumière cette qualité de transparence et de responsabilité que doit avoir un officiel. C’est également ce message que tu donnes à des jeunes joueurs et joueuses qui souhaitent devenir arbitre ?

Oui ! Je leur dirais aussi que c’est une occasion de faire parti d’une famille avec de belles valeurs.

Pour toi, ces jeunes arbitres doivent rapidement travailler au contact des acteurs du jeu qui composent la famille rugby ?

C’est important d’avoir des feed back des joueurs, entraineurs. Tous font parti du spectacle et quand les informations circulent bien entre les différents protagonistes (joueurs, entraineurs arbitres..) les décisions sont plus cohérentes et mieux comprises. 

Aider à une meilleure compréhension des règles du Rugby pour tous via votre outil et différentes actions est primordiale pour le Rugby.

C’est très intéressant de pouvoir mieux appréhender les règles du Rugby avec un chatbot comme le vôtre car le rugby est plus complexe que beaucoup d’autres sports du fait de son nombre de règles et que beaucoup soient à l’appréciations des arbitres.

Yann Delaigue