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Laure Coanus : une arbitre qui a le jeu dans le sang

Laure Coanus, l’histoire d’une joueuse en devenir stoppée par une blessure. Elle s’est tournée vers la fonction arbitrale. Aujourd’hui, elle accède à la passerelle ProB / Jeep Élite. Analyse de cette reconversion réussie.

Laure, pour débuter cette interview, raconte nous ce qui t’a fait devenir arbitre de basketball ?

À l’âge de 6 ans je me suis mise au basket, car j’étais bien trop grande et pas du tout souple pour la gymnastique. À 13 ans, je rentre au pôle espoir des Alpes à Voiron encadrée par Grégory MORATA. En club j’ai eu la chance de jouer en minimes France à Challes-les-eaux et de gagner un titre champion de France avec Fabrice FERNANDEZ (coach actuel de Hainaut) et Guillaume VIZADE (coach actuel de Vichy) en tant qu’entraineur.

À la suite du pôle, j’intègre en partenariat le centre de formation de Challes-les-eaux et le club de La Tronche (NF3 et NF1). Cependant, au mois de décembre je suis victime d’une grave entorse à la cheville qui m’a privé des terrains jusqu’à la fin de saison (opération et course interdite pendant plusieurs mois). La saison suivante j’ai fait le choix de revenir dans mon club d’origine, Cognin La Motte, pour jouer avec mes amies et faire autre chose en-dehors du basket. Puis, je me suis mise à l’arbitrage un peu par hasard en intégrant la formation départementale, pour découvrir un autre aspect du basket et finalement je me suis prise au jeu… J’ai continué à jouer jusqu’à la saison 2017-2018 ( jusqu’en NF3 et pré-nationale).

Comment s’est déroulé ton accession au haut-niveau ?

Ma première année en tant qu’officielle, je commence au niveau départemental. 3 ans après mes débuts, j’intègre les stages nationaux sous la houlette d’Abdel HAMZAOUI. J’ai la chance à la fin du cursus de 2 ans, d’officier au Mondial à Cholet à la fin du cursus. Suite à ce tournoi, je suis convoquée au stage d’accession Haut-Niveau à l’INSEP où je suis sélectionnée pour accéder au HN3 (NM1).

Ma première saison en HN se passe très bien et j’ai la chance d’être testée en Pro B à partir de février. À la fin de celle-ci, j’ai la chance d’être intégrée au groupe HN2 pour la saison 2018-2019.

Cette accession rapide en Pro B, tu t’y attendais ?

Lorsque, j’ai commencé absolument pas. Je m’étais dit que si j’atteignais le niveau NM2 / LF2 ça serait déjà énorme. Puis au fil des saisons je m’étais fixée comme objectif la LFB afin de pouvoir arbitrer des anciennes coéquipières comme Marie-Eve PAGET, meneuse de Charleville aujourd’hui (lorsque nous étions à Challes-les-eaux).

Nous pouvons le dire, ton accession au haut-niveau a été rapide. On peut parler de talent, mais aussi (et surtout) de travail. Quels ont été les clefs de ta réussite ?

Ce qui m’a beaucoup facilité la tâche c’est que j’ai joué un peu au basket. C’est beaucoup plus simple d’anticiper le jeu afin d’anticiper son placement pour au final juger correctement. C’est aussi plus facile de comprendre certaines réactions de joueurs(euses) et de coachs. Mais parfois changer de maillot du samedi au dimanche n’étais pas toujours simple 😁

Ensuite, lorsque j’ai intégrée les stages nationaux (à la fin de la saison où je passais le concours CF à l’époque) j’ai compris aussi que pour être un bon arbitre il faut avant tout connaître son règlement. Ainsi, j’ai travaillé afin de réussir à mieux appréhender le long règlement qu’est celui du basket 😅

C’est toujours plus simple de justifier un coup de sifflet à un coach lorsque l’on s’appuie sur le règlement.

Pour expliquer mon « ascension rapide » je pense que c’est aussi d’avoir été performante au bon endroit et au bon moment en plus de la répétition des matches en saison régulière.

Quel outil/technique utilises-tu le plus pour travailler tes points faibles et ainsi progresser dans ta technique d’arbitrage ?

La vidéo est l’outil par excellence pour travailler sur nos points faibles. Après chaque match nous regardons notre prestation du trio mais aussi la sienne. Lorsque nous avons un doute ou besoin de conseil, personnellement je sollicite d’autres collègues pour avoir leur opinion.

Je dirais que ma connaissance du jeu me permet d’avoir un jugement relativement correct.

On s’est tous un peu inspirer d’un arbitre de haut niveau pour évoluer, se perfectionner. Avais-tu un arbitre qui t’a inspiré dans ta quête du haut-niveau ?

C’est lorsque j’ai intégré les stages nationaux que j’ai vraiment commencé à m’intéresser à l’arbitrage et j’ai commencé à regarder des matches de haut-niveau (Pro A notamment et LFB). Mais parmi les arbitres, celui qui m’a le plus inspiré est Benjamin BOURY qui à l’époque évoluait en NM1 et depuis 3 saisons en Pro B.

Nous sommes de la même ville, Chambéry, il a été présent lorsque j’ai commencé à monter les niveaux régionaux. Il m’a conseillé lorsque j’en avais besoin et m’a encouragé à travailler davantage afin de devenir meilleure. Sa façon de voir l’arbitrage m’intéressait beaucoup et le voir arbitrer m’impressionnait notamment par sa force tranquille. Et aujourd’hui j’ai une réelle chance de pouvoir arbitrer à ses côtés en pro B ou LFB.

Maintenant, quels sont tes objectifs à court et moyen terme ?

À court terme je souhaiterais devenir une arbitre référencée en pro B et LFB. A moyen terme se serait d’intégrer la Jeep Elite et l’international. 

L’arbitrage féminin au coeur des ambitions de la FFBB
Parlons arbitrage féminin Laure. Il est devenu un axe de développement important de la Fédération. Que penses-tu de la mise en place de formations spécifiques pour les arbitres féminines ? 

C’est plutôt une bonne chose je pense. Cela permet à certaines jeunes arbitres de prendre plus confiance dans leur rôle d’arbitre. Cela peut aussi donner envie à une jeune joueuse de s’essayer à l’arbitrage. Mais à mon sens, il ne faut pas oublier que nous sommes des arbitres, tout comme nos collègues masculins et que nous avons aussi besoin d’eux sur les terrains. Des formations spécifiques arbitres féminins pourquoi pas, mais sans en faire une fixation… Celles-ci doivent venir en complément du cursus classique.

Quels ont été pour toi les avantages de ce dispositif mis en place ? 

Cela m’a peut-être permis de grimper les échelons plus rapidement à certains moments. Mais avant tout, je pense qu’il faut performer sur le terrain et ce dispositif vient en tant que facilitateur.

Être une arbitre féminine a-t-il été un frein dans le développement de ta carrière ? 

Non à aucun moment. Cela peut être un frein si les arbitres féminines elles-mêmes se mettent des barrières en se disant : « je suis moins compétentes que mon collègue masculin » par exemple.

Beaucoup de personnes me demandent lorsque je parle de mon activité d’arbitre : « Tu dois prouver deux fois plus lorsque tu arbitres des hommes ? ». Je réponds oui et non à la fois. Certes à haut-niveau nous sommes peu, surtout en Pro B (3 cette saison). Donc si nous commettons une erreur elle sera peut-être plus vite pointée du doigt par les joueurs et coachs, que si nous étions des hommes. J’ai le sentiment aussi que nous sommes plus souvent « testées » par les acteurs car le mot femme doit être synonyme de fragilité pour certains… Personnellement, moins je suis vue sur les matchs, mieux c’est. Et je pense que nous sommes plusieurs à adopter ce raisonnement. Les joueurs et entraîneurs attendent qu’une seule chose : être arbitré de la meilleure des manières, peu importe que nous soyons un homme ou femme. Ils attendent de la compétence; à nous de leur donner.

Si une jeune joueuse vient vers toi et demande qu’elle souhaite s’essayer à l’arbitrage. Quel(s) argument(s) lui donnerais-tu pour la motiver encore plus ?

Je l’encouragerais dans ce sens, devenir arbitre permet d’acquérir beaucoup de compétences qui servent à la vie de tous les jours. Par exemple, prendre des décisions très rapidement, stopper les conflits ou apprendre de ses erreurs.

Aussi, je lui donnerais des conseils pratiques pour évoluer efficacement comme arbitre. Premièrement, diviser son objectif principal en sous-objectifs et ensuite se donner un temps impartis pour atteindre ses sous-objectifs.

En second, ce serait de prendre son courage à deux mains et se dire « aller j’y vais, j’ose donner mon premier coup de sifflet, qu’il soit bon ou mauvais, l’important c’est d’essayer !».  

Et pour finir, mon troisième conseil c’est de ne pas se mettre ce « plafond de verre » que se mettent trop souvent de jeunes arbitres féminines, osons arbitrer à l’égale des hommes !

La formation au contact du terrain. Une nécessité.
Avec ton expérience, comment envisages-tu la formation des jeunes arbitres ?

Je n’ai pas trop le temps de former entre mon travail, la vie personnelle et l’arbitrage. Mais le peu de stage que j’ai encadré, je pense que la pratique avec un retour direct sur la prestation qui vient d’être faite est la meilleure façon pour faire progresser les jeunes.

Aussi, je les incite beaucoup à partager leurs expériences et surtout leurs difficultés afin qu’ils puissent s’enrichir les uns les autres.

Cela est important pour développer le QI basket des arbitres. C’est aujourd’hui le point faible. De mon point de vue, un bon arbitre est avant tout un bon connaisseur de basket et je dirais même un bon joueur. Un arbitre se doit de sentir le jeu pour anticiper comment il va évoluer dans les prochaines minutes d’un match.

Ainsi, la formation doit s’orienter sur de la pratique. Ce qui est déjà le cas avec les nombreux stages de perfectionnement qui peuvent exister au niveau des ligues et de la Fédération. Ensuite, pour aller plus loin, il me semble important d’associer les formations d’arbitres à celles des entraîneurs afin que le corps arbitral soit plus en phase avec le corps technique.

Ta vision de la formation est très claire et très orientée terrain. Une excellente vision pour que les arbitres évolue au contact des acteurs du jeu. Nous aimerions maintenant connaître ta pensée concernant les bénéfices d’être arbitre.

L’arbitrage permet à un jeune de prendre des responsabilités, car sur le 28×15 c’est lui qui va décider d’arrêter le jeu mais aussi de le laisser continuer. Ses coups de sifflets ou ses choix de laisser jouer vont orienter le déroulé du reste du match qu’il est en train d’officier. Mon point de vue, je pense, rejoint celui de nombreux arbitres. Arbitrer permet d’acquérir une maturité plus rapidement que d’autres jeunes notamment par la responsabilité de l’arbitre pendant un match.

Personnellement l’arbitrage m’a permis de continuer à rester passionnée du basket lorsque je commençais à en être écœurée à la suite de blessures à répétitions.

Laure Coanus
Que doit être un(e) arbitre pour toi Laure ?

Pour moi, un arbitre doit être au service du jeu. Il doit sans cesse se remettre en question afin de toujours chercher à progresser. Il doit savoir accepter ses erreurs (même si cela fait mal parfois) afin d’apprendre de celles-ci pour devenir meilleur. L’arbitre doit avoir être à l’écoute de ses collègues, superviseurs et aussi des entraîneurs et joueurs pour progresser.

Ref’mate est aujourd’hui un outil utilisé par plusieurs milliers d’utilisateurs mensuellement. Quel regard portes-tu sur l’utilité de notre démarche pour un arbitre ?

Ref’mate est tout à fait complémentaire des formations de terrains. Cet outil permet de s’évaluer sur du jugement vidéo, des QCM mais aussi de découvrir l’actualité du corps arbitral français et européen.

Il existe pas ou très peu d’outils comme Ref’mate en France et en Europe, profitons de celui-ci et continuons à avancer tous dans le même sens pour faire progresser l’arbitrage.

4 words 4 referees
Pour finir cette interview, nous te proposons de définir l’arbitre moderne en quatre mots.

Ils sont simples : Passion – Rigueur – Adaptation – Anticipation

Car l’arbitrage doit avant tout être une passion et non une contrainte. Et pour moi, le jour où je n’aurais plus cette passion qui m’anime lorsque je suis sur un terrain, je songerais à ranger mon sifflet.

Rigueur car nous avons l’un des règlements de jeu de sport collectif le plus compliqué. Sans rigueur on ne peut l’appliquer sur les terrains, match après match. De plus, la rigueur fait partie de notre activité d’arbitre, dans notre travail en dehors du terrain, dans la gestion de nos déplacements.

Adaptation car à mon sens l’arbitre doit s’adapter au jeu proposé d’un match à l’autre mais aussi s’adapter pendant un même match car l’intensité peut varier.

L’anticipation me semble essentielle dans notre activité. Pour bien juger il faut bien voir. Pour bien voir il faut être bien placé et à l’arrêt. A l’heure actuelle le basket moderne est un sport très rapide, sans anticipation l’arbitre subit le jeu et il ne sera pas dans les meilleures conditions pour prendre les bonnes décisions.