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Thomas Bissuel : la passion avant tout !

Thomas Bissuel est un arbitre montant de la nouvelle génération. Discret et travailleur, ses efforts l’emmèneront cet été sur l’Euro Féminin. Rencontre avec un arbitre passionné et authentique.

Thomas, pour débuter cette interview, raconte nous ce qui t’a fait devenir arbitre de basketball ?

Papa était arbitre, pas un arbitre de haut niveau mais un arbitre de championnat de France. Numéro 1 en Zone Sud-Ouest puis en Zone Sud-Est. Dans la vie comme sur les terrains il a cette capacité incroyable à prendre une décision et à emmener tout le monde derrière lui. C’est un directeur. Je l’ai accompagné quand j’étais plus jeune et je passais beaucoup de temps dans les salles, à Beaublanc notamment où il arbitrait les Espoirs avant le match pro (nous étions à Limoges entre 1990 et 1995). Quels souvenirs !

Comment s’est déroulée ton ascension vers le haut niveau ?

J’ai commencé à arbitrer quand j’avais 15 ans. Match après match j’essaye de tirer les leçons de ce que je fais pour m’améliorer. J’écoute et j’observe. Il me reste encore énormément de travail et j’ai bien l’intention de continuer dans cette voie.

Il te reste du travail, mais celui que tu as fourni t’a amené sur les parquets internationaux. Aujourd’hui tu participes à de grandes compétitions internationales. Pensais-tu arriver à ce niveau-là un jour ?

Je ne sais pas ! Je ne me pose pas ce genre de question. Aujourd’hui j’ai la chance d’être bien entouré et d’avoir des gens pour penser à tout ça, répondre à cette question et me guider dans la bonne direction. Je suis concentré uniquement sur le terrain et sur ma passion.

Où j’étais hier ? Où je serai demain ?

Il n’y a qu’une seule réponse à ces questions : sur le terrain.

Thomas Bissuel
Nous le savons, c’est un travail de tous les jours pour accéder à ce niveau d’arbitrage. Quel a été le secret de ta réussite ?

C’est un secret !!!
Un indice : la réponse est dans la question.

D’accord, ton secret est en partie lié à un travail de tous les jours. Cela n’empêche que tu es connu pour ta rigueur et ta curiosité. Cela t’aidant à toujours plus approfondir tes connaissances. Quelles sont les techniques de travail que tu privilégies ?

Pour bien arbitrer, il faut d’abord jouer au basket. Tu ne pourras jamais vraiment comprendre ce jeu si tu ne sais pas y jouer. Je n’ai pas lâché le terrain et je joue régulièrement pour deux raisons : affuter ma lecture du jeu et ressentir l’intensité des contacts. Ça me permet d’anticiper, de savoir où regarder quand j’arbitre. Et là où je joue, dans le 93, il n’y a pas de petites fautes… J’ai quelques hématomes qui me rappellent de ne pas siffler tous les petits contacts quand j’arbitre.

Prenons le travail vidéo, sur quels points clés tu te concentres en priorité ?
As-tu une technique particulière pour décortiquer tes matches en vidéo ?

D’abord, il faut regarder si la décision est bonne ou mauvaise. Ensuite la mécanique, où est placé l’arbitre ? Puis, analyser si les techniques individuelles d’arbitrage (IOTs) ont bien été respectées (stationnaire, ouvert au jeu, position équilibré, zone de responsabilité, etc).

En toute franchise, quelles ont été tes faiblesses et comment les as-tu travaillées spécifiquement pour les corriger ?

La confiance en moi est le facteur qui m’a permis d’évoluer ces dernières années. C’est encore un grand chantier. J’en ai pris conscience au fil du temps. Je pense que ceux qui m’entourent aujourd’hui, les gens avec qui je travaille, ont vite repérer cette faiblesse et ont compris qu’ils pouvaient m’aider à grandir.

Ce travail acharné que tu produis en dehors des terrains a-t-il été approfondi par le tutorat avec Eddie Viator ? Comment as-tu appréhendé cette expérience de tutorat ?

Eddie VIATOR ? Jamais entendu parler…

Le tutorat fait partie du programme « On the road to FIBA » mis en place par la FFBB depuis 2015 à destination des jeunes arbitres à potentiels haut niveau.

À l’époque j’ai appris qu’Eddie devait être mon tuteur. Au début on ne savait pas trop où on allait… Et pour tout arranger je me suis rapidement fait une rupture du ligament croisé au genou. Alors beaucoup de gens ont pensé que c’était fini pour moi. Plus de genou, plus de potentiel, plus de tutorat : la vie d’arbitre c’est aussi comme ça.

Même au plus bas, Eddie est resté, il a été là pour moi. Aujourd’hui il est encore là. Et demain aussi, il sera toujours là. Je suis trop pudique pour étaler notre vie sentimentale mais le CDD du tutorat S’est transformer en CDI : RBV for life !

Nous te connaissons pour ta technique d’arbitrage très performante. Peux-tu nous délivrer un secret pour atteindre cette qualité d’arbitrage (nous aussi on veut savoir haha) ?

La dureté dans le travail. Il ne faut pas se faire de cadeau mais régler les problèmes rapidement. Je vais vous donner un exemple :

J’étais en stage au Monténégro en octobre dernier. Le responsable de la FIBA a demandé de ne pas courir après avoir sifflé une faute, nous devons marcher de façon dynamique pour aller faire la gestuelle : « sharp walk » disent les américains. On est descendu sur le terrain, un polonais a sifflé puis a couru vers la table de marque pour annoncer sa faute. Il a dit à l’instructeur que c’était un vieux réflexe, qu’il lui faudrait quelques matchs pour changer. Le directeur l’a regardé et il lui a répondu « Je te laisse 10 minutes. Dans 10 minutes le basket aura déjà changé, il y aura une nouvelle façon de jouer. Le basket n’a pas le temps pour toi ».

Devenir Crew Chief, une voie qui s’ouvre à Thomas Bissuel.
Tu feras partie à court terme du groupe Crew Chief de Jeep Elite. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ce programme mis en place pour accéder à ce groupe particulier au sein du championnat, notamment ta dernière expérience à Trélazé lors du plateau Coupe de France ?

Je vais devenir Crew Chief (CC), est-ce une information officielle ?!
Le HNO a mis en place un programme de suivi et de formation à moyen terme pour les arbitres qui pourraient être en capacité de diriger les rencontres de Jeep Elite dans la saison à venir. Le plateau des quarts et demies de CDF à Trélazé est support de ce stage. Les CC confirmés de Jeep Elite ne sont pas présents mais cèdent ponctuellement la place à un groupe de 13 arbitres pour diriger les rencontres. J’ai eu la chance de faire partie de ce groupe. Evidemment nous avons bien travaillé et produit un arbitrage de qualité encore une fois.

Nous allons malgré tout devoir être patients… C’est le système français qui veut ça : échouer à un examen signifie immédiatement que tu n’es pas prêt, en revanche si tu réussis ça te donne seulement le droit de passer encore un examen juste pour vérifier…

Il faut sans cesse faire ses preuves et montrer qu’on est prêt. Je m’accroche et je suis patient, je garde espoir d’y arriver.

Quelles sont pour toi les qualités essentielles d’un Crew Chief ?

C’est d’abord être un bon coéquipier. Etre CC c’est être le capitaine de l’équipe. Dans une équipe le capitaine n’est pas forcément le meilleur joueur, le meilleur scoreur ou celui qui prendra le tir au buzzer. C’est plutôt avoir la responsabilité de préparer ses collègues à performer, donner le ton et s’assurer que tout le monde est dans les meilleures conditions pour faire une belle prestation.

Comment prépares-tu un match lorsque tu es Crew Chief en Pro B aujourd’hui ?
Sur quels points portes-tu le plus d’importance ?

En tant que CC, je m’assure que le trio est sur la même longueur d’onde. Que chacun est prêt à arbitrer, à apporter ses qualités au trio et à prendre sa part de responsabilité. Si je sens que les mecs sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes pour arbitrer ce match et travailler en équipe alors j’ai gagné, alors il ne pourra rien nous arriver.

La formation individuelle, une des clefs de la réussite d’un arbitre pour Thomas Bissuel.
Tu es arbitre international et tu formes les futures générations d’arbitres déjà depuis plusieurs années, de ce fait ton regard sur la formation doit être particulier. Ainsi, comment envisages-tu la formation des jeunes arbitres ?

Une partie du travail ne nécessite pas de formateur. Chacun est responsable de son investissement et de son travail personnel (ex : préparation physique, connaissance des règles, etc).

Ensuite, il faut jouer et arbitrer, là il y a besoin d’avoir un formateur à tes côtés pour t’expliquer et te corriger, t’aider à comprendre ce jeu, ce qui doit ou ne doit pas être sanctionné.

Selon toi, quelles sont les lacunes trop souvent observées chez les arbitres ?
Quelles solutions envisages-tu pour corriger ces faiblesses ?

C’est exactement comme pour les joueurs : chacun est différent et doit corriger ses propres défauts. Il n’y a pas de « lacunes trop souvent observées chez les arbitres ». La seule chose qui m’effraie aujourd’hui c’est parfois le sentiment d’un manque de motivation. Pour pallier cela il faut maintenir les arbitres sous pression positive en leur donnant de nouveaux challenges régulièrement.

Quelles sont les améliorations et l’avenir de la formation ?

Je ne sais pas. La seule chose que je sais c’est qu’on n’apprend pas à jouer au basket dans une salle de cours. Alors pourquoi imaginer qu’on peut apprendre à arbitrer dans une salle de cours ?!

Les jeunes ont besoin d’être sur le terrain et de siffler. Il faut d’abord faire, pour ensuite analyser et corriger.

Thomas Bissuel
La formation, si l’on comprend bien ta vision, doit être un maximum proche du terrain et donc des acteurs du terrain comme les techniciens ?

Pour devenir un bon arbitre, on a besoin de tout le monde. Chacun, en fonction de son domaine de compétence, peut apporter une critique constructive qui aidera l’arbitre à progresser. Il faut avoir envie d’écouter tout le monde puis réfléchir à ce qu’on nous a dit pour sélectionner les informations qui nous seront utiles.

Qu’est-ce que doit être un arbitre pour toi ?

L’arbitre représente quelque chose qui dépasse sa propre personne, une fonction indispensable. Il doit donc adopter un comportement adéquat exempt de tout reproche. Le danger pour les jeunes c’est souvent d’avoir du mal à assumer ça et de se robotiser un peu : on n’enfile pas seulement le costume mais aussi l’attitude qu’on croit nécessaire d’arborer. Pour être à l’aise, il faut parvenir à trouver le bon équilibre entre sa fonction et sa personnalité.

Si tu avais devant toi un jeune basketteur qui souhaite s’essayer à l’arbitrage, quel(s) argument(s) lui donnerais-tu ?

Il faut essayer. Jouer, arbitrer et coacher. Chacun peut trouver la place qui lui convient le mieux dans notre sport. Quelle que soit l’activité, l’objectif est d’être épanoui dans ce qu’on fait.

L’arbitrage est une bonne école pour se développer en tant qu’homme et apprendre à mieux se connaître. Comment contrôler les autres si je ne me contrôle pas moi-même ? C’est une activité où on a des responsabilités, un peu de pression, quelques succès et déceptions. Ça ressemble beaucoup à la vie en fait !

Tiens, on te sait connecté sur Ref’mate et on te sait très franc. On a donc l’envie de te poser cette question : que pense Thomas Bissuel de notre démarche ?

C’est un bon concept, une plateforme interactive facile d’accès pour tout le monde, en particulier pour les arbitres. Les témoignages et différentes ressources présentes sur le site sont une mine d’information pour aider les plus jeunes ou présenter notre activité au grand public.

Il faut partager Ref’mate avec le plus de monde possible. L’intérêt de cette démarche n’est pas de rester entre arbitres mais de nous ouvrir aux autres, de partager notre passion !

Thomas Bissuel
L’envie de te le demander nous chatouille : quels sont tes objectifs futurs à court et moyen terme ?

Un joueur qui rate le tir au buzzer continue de jouer et d’être une star.

Un arbitre qui rate la faute au buzzer se fait virer et continue d’être un tocard.

J’ai parfois le sentiment que ma vie ne tient qu’à un coup de sifflet. Mes objectifs à court et moyen termes sont donc simples : rester bien motivé et très concentré sur mon prochain coup de sifflet pour éviter que ce soit le dernier.

Pour finir cette interview, tu connais notre fameux « 4 words 4 referees », quels sont les quatre mots pour définir un arbitre selon toi ?

3 mots seulement : REFEREES BY VIATOR.

REFEREES : amoureux du basket. Passionnés par ce jeu, ses principes et ses règles.

BY : parce qu’on a tous besoin de quelqu’un, d’un modèle à suivre, un gardien silencieux pour nous guider et nous protéger.

VIATOR : l’arbitre moderne sent le jeu, décide avec justesse, calme et classe à la fois. « Strong and fair », c’est la devise des arbitres d’Euroligue. « Strong and strong », c’est la devise des RBV.

Allez, dernière petite question pour vraiment terminer en beauté. Pour toi arbitrer c’est… ?

VIVRE. OU SURVIVRE. Sans poème, sans blesser tous ceux que j’aime…


Thomas Bissuel vient notamment d’être sélectionné par les instances fédérales pour officier sur les Playoffs LNB.
Vous aurez le plaisir de le suivre sur ces matches.