“Le fait d’etre une femme ne m’a pas bloqué ni remis en doute sur ma capacité à réussir”

Marion Ortis, jeune arbitre internationale évoluant en Jeep Élite s’est livrée sur son parcours mais également sur ses ambitions. Certes discrètes, Marion Ortis affiche une détermination ferme. Rencontre.

 


 
4 words for referee

1️⃣ Intelligent : La lecture du jeu différencie les arbitres des bons arbitres des très bons arbitres. L’analyse du jeu, l’anticipation du jeu sont une forme d’intelligence.

2️⃣ Précis : Il n’y a pas de place pour l’a peu près. Chaque coup de sifflet a son importance.

3️⃣  Vif : Les décisions doivent être prises dans la seconde. On n’a pas le temps de tergiverser

4️⃣ Humble : L’erreur est humaine. Il faut en avoir conscience et admettre ses erreurs.

Pour moi, un arbitre doit être quelqu’un d’exemplaire, quelqu’un d’irréprochable dans la manière de se tenir de se comporter. Une personne discrète et avec de la prestance. Un bon arbitre c’est celui qu’on ne voit pas, qui sifflera juste et qui restera humble. Il doit connaître le jeu mais aussi et surtout prendre du plaisir dans ce qu’il entreprend !

Enfin, il doit savoir travailler, accepter les échecs tout en gardant de l’enthousiasme et du plaisir.

Tu es discrète, on te connait peu. Dis-nous qui tu es :

Toute petite, je voulais faire du football. Mais mon père, qui était dans ce monde là, n’a pas voulu de ce choix et j’ai donc opté pour le Basket-ball. J’ai débuté au FC Mulhouse Basket et s’en est suivi quelques clubs… Pour être désormais licenciée au BC Berrwiller Staffelfelden (BCBS).

L’arbitrage a été une découverte à l’âge de 16 ans. Mon club, le BCBS, cherchait des volontaires pour officier sur les rencontres jeunes du weekend. Je me suis lancée et j’ai très vite pris goût à l’arbitrage. J’ai ensuite intégré l’école d’arbitrage sous la houlette d’Etienne ROSAY (ancien arbitre Nationale 1).  C’était donc loin d’être une obligation par manque d’arbitres ou autre, mais bien un choix de ma part.

En dehors de l’arbitrage, j’ai une vie comme tous ceux de mon âge ! Je travaille, j’aime passer du temps avec la famille, les amis et j’adore voyager.

Je travaille dans le monde du social. Adjointe au responsable de résidences au sein de l’association Aléos, ce poste est très polyvalent  et me confronte à la réalité du monde actuel. Pour faire simple, mes missions consistent à accueillir, accompagner, loger et insérer des personnes en difficultés sociales.

J’ai la chance d’avoir un employeur conciliant, que je ne remercierai jamais assez. Cela me permet de combiner vie professionnelle et vie d’arbitre. J’en profite donc pour lui réitérer mes remerciements ainsi qu’à mes collègues sans qui cette aventure ne serait pas réalisable.

Peux-tu nous présenter ta carrière d’arbitre jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai arbitré 3 ans au niveau départemental. A l’époque c’était entre 4 à 6 matchs par week-end. Ensuite l’ascension fut très rapide. J’ai intégré la filière nationale qui consiste en une série de formations avec des thèmes précis pour chacune d’entre elles. J’ai passé un mois en pré-nationale puis la voie de la nationale s’est ouverte à moi : un an de NM3, un an de NM2 / LF2, un an de NM1 / LFB.

Enfin, le monde « professionnel » de l’arbitrage : 2 ans en PRO B / LFB. Et depuis 2017 je suis en première division hommes, j’entame donc ma 2ème saison en JEEP ELITE. Je suis également arbitre international depuis 2017.​

As-tu une anecdote qui a marqué ta carrière ?

Lors d’un de mes matchs en Eurocup Femmes en Turquie, une bagarre a éclaté, pendant la rencontre, dans les tribunes entre supporters de la MEME équipe. Les policiers armés, portant boucliers et casques sont intervenus et ont fait sortir l’ensemble des supporters. Ce sont des scènes que nous ne voyons pas en France !

Arbitre féminine en Jeep Elite, maintenant internationale, pensais-tu arriver à ce niveau un jour ?

Bien sur que non ! C’était un rêve, uniquement un rêve. Et encore plus utopique d’y arriver aussi vite.

Je me souviens, plus jeune, j’avais des étoiles pleins les yeux quand je voyais des arbitres HN en formation. Forcément, ce genre de rêve reste dans un coin de la tête. Le droit de rêver c’est un peu ce qui nous fait exister.​

C’est un travail de tous les jours pour accéder à ce niveau d’arbitrage, quel a été le secret de ta réussite ?

Je confirme que c’est un travail de tous les jours. L’arbitrage, on vit avec, on mange avec, on dort avec, ça fait partie de nous, de notre quotidien. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à se relever après un échec et de rebondir le plus rapidement possible.

« Les échecs d’hier forgent les victoires de demain ».
Il est important d’être exigeant envers soi-même, d’avoir souci de toujours donner le meilleur de soi-même. Il faut être fort mentalement.

Je suis aussi pour le « lâcher prise » de temps en temps. Il est important pour moi d’avoir une vie équilibrée et de trouver un juste milieu entre travail, vie privée et vie d’arbitre. On ne prend jamais assez soin de soi, de son corps. D’ailleurs mes parents me disent souvent « mais tu te reposes quand ? ».

Quand tu as débuté l’arbitrage, avais-tu un arbitre de haut niveau qui t’inspirait ?

J’en avais oui, mais j’en ai encore !

Certains sont encore en place comme des Eddie VIATOR, Jean Charles COLLIN.  Au-delà du niveau d’arbitrage, ce sont leur calme, leur sérénité et leurs attitudes en général qui m’inspirent. Je suis admirative devant ces arbitres de Haut Niveau qui réussissent à rester au top niveau tant d’années. Cela donne envie de faire une belle carrière, de suivre ces pas.  Et surtout, ce qui fait la différence avec de jeunes arbitres, c’est le respect qu’ils ont réussi à gagner et la reconnaissance qu’ils ont acquis.

Je pense que chaque arbitre, chaque collègue a quelque chose qui peut nous servir et nous apporter un « + ». On peut piocher quelque chose nous permettant d’avancer, d’être meilleur, en chaque collègue.​

Tu es arbitre internationale et tu formes les futures générations d’arbitres, de ce fait ton regard sur la formation doit être particulière. Ainsi, comment envisages-tu la formation des jeunes arbitres ?

Je pense qu’on ne connaît jamais assez ses classiques, autrement dit les basiques. L’apprentissage doit passer par la répétition des basiques et des fondamentaux. La formation des jeunes arbitres doit passer par là.​

Quelles sont les améliorations et l’avenir de la formation ?

L’avenir de la formation c’est le numérique. On passe de plus en plus de temps devant nos ordinateurs.

Je pense que les générations futures seront encore meilleures que celles actuelles, dans un registre différent. Les outils leur permettant de travailler les rendront forcément meilleures.

Ceci passera obligatoirement par la professionnalisation de l’arbitrage. Je pars du principe que si tout en haut de la pyramide, les arbitres HN auront plus de temps pour se former, ils ne pourront qu’être de meilleurs formateurs.. Il suffira ensuite de descendre la pyramide. Qui dit meilleur formateur dit meilleure formation dit meilleurs formés.

Aussi, pour toi, la formation des arbitres doit aussi passer par un rapprochement avec les techniciens et les joueurs ?

Oui des deux ! Pour être très bon arbitre, il faut connaître le jeu, lire le jeu, anticiper le jeu. Qui  de meilleurs connaisseurs du jeu que des joueurs et des coachs ?  Forcément, je reste persuadée que la formation doit se faire en se rapprochant des techniciens et des joueurs. C’est d’ailleurs ce qui commence à se faire et qui va ne cesser de tendre vers cela, des formations communes.

En pleine crise de vocation, de moins en moins de jeunes sautent le pas pour devenir arbitre, selon toi pourquoi ?

Quand on débute l’arbitrage, on officie sur des rencontres ou malheureusement le respect n’est pas toujours le mot d’ordre. Et quand vous êtes jeunes et que vous débutez, ce n’est pas quelque chose de facile ou d’imaginable. Certains  s’accrocheront et d’autres lâcheront.

Mentalement il faut être prêt et très fort.

Ainsi, quel(s) argument(s) donnerais-tu à un jeune basketteur souhaitant s’essayer à l’arbitrage ou devenir arbitre ?

Je ne peux que conseiller aux jeunes basketteurs et basketteuses de franchir le pas et de s’essayer à l’arbitrage ! Pour moi filles ou garçons, les arguments sont les mêmes. L’arbitrage permet d’apprendre à se connaître en permanence, de se surpasser et d’être en recherche permanente de l’excellence.

Après, je pense que c’est comme à la pêche, ou ça mord ou ça mord pas. Mais pour savoir si cela nous plaît ou pas, c’est comme tout, il faut essayer et oser franchir le pas ! Tenter ce côté là du basket ne peut que servir et nous faire grandir.

Le fait d’être une femme ne m’a pas bloqué ni remis en doute sur ma capacité à réussir. À aucun moment je ne me suis dit que j’arriverai moins loin parce que je suis une femme ni d’être bridée par cela.​

Que permet l’arbitrage pour un jeune ?

L’arbitrage est une école de vie à tout point de vue. Il permet de prendre des décisions, d’assumer ces décisions. On  a des responsabilités et on prend de l’expérience.

Je fais souvent le parallèle vie privée et vie arbitrage. Les deux apportent et l’on doit se servir de chacun pour avancer et pour progresser.

L’arbitrage nous permet d’apprendre à nous connaître nous-même et de chercher en permanence l’amélioration, le dépassement de soi.​ C’est une vraie philosophie.

La démarche est plus qu’intéressante ! Qui aujourd’hui n’a pas le portable greffé à la main ? C’est simple, efficace d’utilisation et accessible à tous. Les réseaux sociaux sont et seront l’avenir de demain. Je ne peux qu’encourager Ref’mate à continuer ce projet et aux passionnés de suivre Ref’mate !


Pour terminer cette interview, parlons de la femme. Quelle est ta devise ?

Tes seules limites sont celles que tu te fixes.

Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?

De garder la tête sur les épaules et ne pas oublier d’où l’on vient.

Quel est le meilleur conseil que tu puisses donner ?

De ne jamais rien lâcher et de croire en ses rêves.​

Tes motivations au quotidien ?

Viser l’excellence