« Ref’mate c’est nouveau, c’est moderne »

Eddie Viator, arbitre international et parrain de Ref’mate a répondu à nos questions et est revenu sur sa vision de la formation des officiels. Un entretien intéressant quand on connait le parcours de cet homme, devenu l’un des meilleurs arbitres de sa génération.

4 words for referee

1️⃣ Alerte : Il faut être prêt à toutes les situations. Chaque match apporte son brin de nouveauté. L’arbitre ne doit pas être surpris en permanence.

2️⃣ Intelligence : Il faut comprendre le basket et bien l’analyser. Tout se lis sur le terrain. On arrive ensuite à anticiper.

3️⃣ Vif : L’arbitrage est une activité qui demande de la vivacité d’esprit. 

4️⃣  Courageux : Il faut savoir faire fi des éléments extérieurs. L’arbitre doit gérer les acteurs du jeu en toutes circonstances, dans toutes les rencontres et en permanence. Quand c’est facile, il est présent. Quand ça devient difficile, il ne doit pas s’effacer.

Présente nous ton itinéraire biographique.

Marié, deux enfants, je suis installé en Région Parisienne dans une maison située dans un petit village à 40km de laCapitale.

A 9 ans, mon frère et moi qui rêvions de jouer au football en club sommes inscrits au club de Basket de l’AAS SARCELLES BB. Notre papa qui était basketteur ne nous a jamais refusé la pratique du foot mais il nous a gentiment offert une balle orange. Un peu gronchons, nous avons accepté de faire ce sport « de fille (c’est comme ça que les jeunes de cette époque parlaient du basket par rapport au foot) ». A 15 ans, me voilà avec un sifflet en bouche pour aider le club au manque d’arbitres des rencontres du dimanche. Je m’amuse de siffler et ce jeu devient une passion. Néanmoins, je continue de jouer et d’arbitrer pendant plusieurs années car je n’ai pas d’objectif pour l’arbitrage à ce moment là. Je préfère même le jeu.

Présente nous ta carrière d’arbitre jusqu’à aujourd’hui.

Départemental B, puis Départemental, passe l’examen Régional, l’Inter-Régional, le Fédéral et je deviens arbitre HN3 après un cursus qui était très long. Je me demande encore aujourd’hui, comment j’ai pu m’accrocher aussi longtemps avant de devenir arbitre Pro tellement le chemin était long. On peut considérer aujourd’hui que le temps nécessaire à un fort potentiel Départemental au statut HN est réduit de moitié par les années. Il faut aussi réaliser que la formation n’est plus la même.

Aujourd’hui, j’enchaîne les compétitions Internationales et aussi et surtout sur le plan National. Chacune de mes saisons tourne de 70 à 75 rencontres toutes compétitions confondues. Rythme important et soutenu.

Je suis devenu Professionnel en 2005 et mes missions sont divisées en 2 parties bien distinctes. La Fédération me demande 2 missions : arbitrer et faire de la formation. Je ne suis pas essentiellement arbitre. J’ai la chance d’exercer une profession passionnante avec de nombreuses variantes et mon rôle de formateur me procure autant de satisfaction que sur le terrain avec un sifflet. 

As-tu une anecdote qui a marqué ta carrière ? 

Une dont je n’ai pas à être fier, mais la plupart du temps on se fait siffler par les supporters dans les salles car c’est aussi le rôle qu’ils ont. Un jour je suis arrivé à 20h10 sur le terrain pour une rencontre qui aurait dû démarrer à 20h00. Je me suis déplacé en voiture et pour quitter Paris et ses abords je n’ai rencontré que des bouchons qui m’ont mis dans la galère alors que j’avais pris une marge normalement suffisante.

J’ai eu toutes les peines du monde à rattraper mon retard sur la route. J’ai forcément pris des risques en roulant plus vite qu’autorisé (et bien sûr, ce n’était pas à faire!!!) et j’ai fini par arriver à bon port. En arrivant dans la salle, mon collègue et le commissaire avaient prévenu tout le monde, les 2 équipes, le speaker…et lorsque je suis entré. dans la salle en tenue, tous les supporters m’ont applaudi. C’était pour eux un soulagement de savoir que leur match allait commencer. Non pas que je sois enfin là. J’ai souri au public et nous avons démarré la rencontre sur le champ.

C’était une mauvaise condition de préparation de début de carrière qui ne s’est pas répétée, bien entendu.

Arbitre international, meilleur arbitre de la décennie 2007-2017,  faire une finale de Coupe du Monde, une finale féminine aux JO de  Rio, pensais-tu arriver à ce niveau un jour ?

Non. Mais l’investissement, l’envie, la volonté, la persévérance paient un jour. Les portes ne se sont pas toujours ouvertes à moi au début. C’est moi-même qui ai finit par les ouvrir. Après certains échecs, j’ai cessé de m’apitoyer sur mon sort et j’ai travaillé sur mes lacunes. Un arbitre n’aboutit jamais son statut. Il y a toujours des choses à perfectionner. Je continue toujours à apprendre et à faire des choses avec rigueur.

Tu es l’exemple de beaucoup de jeunes arbitres, cependant as-tu  eu un exemple qui a guidé ton parcours d’arbitre ?

J’en ai eu plusieurs. Ca a été crescendo. Tout d’abord celui qui m’a initié les bases de l’arbitrage dans mon club et qui était alors arbitre Régional (Gilles MAZOUNGOU), puis tout au long de mon parcours j’ai admiré tous les arbitres qui étaient à des niveaux supérieurs du mien. En regardant la télé, j’entendais souvent parler de M. MAININI donc je suis devenu admiratif. Il n’y avait pas autant de rencontre accessible visuellement comme maintenant et les seuls matches de PRO A que j’arrivais à voir c’était lui. Quelques années après, je voyais un arbitre qui avait un tout autre style et qui semblait aussi dominer la chose : Pascal DORIZON.


La formation des arbitres doit être liée au terrain. Les arbitres doivent apprendre au contact de la balle orange, des joueurs, des coachs et de leurs collègues. 

J’espère simplement que les jeunes arbitres n’attendent pas que tout leur sois servi sur un plateau. Il y a de plus en plus d’outils modernes pour travailler l’arbitrage mais il faut aussi être rigoureux.

Selon toi, quelles sont les lacunes et les améliorations de la formation des officiels ?

La formation évolue avec le temps et les moyens modernes qui se multiplient. On est passé de rien du tout à du travail vidéo fait sur cassettes VHS. De ces cassettes on est arrivé au DVD et maintenant on peut faire circuler de la vidéo sur des simples fichiers et les partager dans le monde entier en 3 clics. Ca ne s’arrêtera pas là…

La formation des officiels doit-elle etre plus rapprochée de celle des joueurs et techniciens ?

Rapprochée oui. Plus les différentes familles seront proches et travailleront ensemble, plus les incompréhensions des règles et/ou des interprétations, l’application des arbitres seront mieux perçues et comprises. Si chacun travail dans son coin, les joueurs, les coachs et les arbitres auront toujours ces conflits inutiles.

Qu’est-ce que doit etre un arbitre pour toi ?

Un arbitre doit être exemplaire sur et en-dehors du terrain. Il doit être impartial, juste et courageux comme déjà dit. Il doit connaître le jeu et par-dessus tout, il doit être passionné.​

En pleine crise de vocation, de moins en moins de jeunes sautent le pas pour devenir arbitre, selon toi pourquoi ? 

Qui aurait envie de se faire gueuler dessus tous les week-ends par des gagnants (des fois) ou des perdants ? Par des parents furieux qui n’ont forcément aucune expertise mais sont juste fidèles supporters de leur enfant ? Ce n’est pas facile quand un jeune arbitre se lance dans l’arbitrage. Il y en a de plus en plus qui commencent très jeunes mais s’ils ne sont pas accompagnés, ils renoncent très vite et cela est légitme.

Ainsi, quel(s) argument(s) donnerais-tu à un jeune basketteur souhaitant s’essayer à l’arbitrage ou devenir arbitre ?

Pour la compréhension du jeu un joueur doit essayer l’arbitrage. Il pourra découvrir l’étendue des règles et des choses qui lui sont permises. Essayer d’autres domaines (jeu, coaching ou arbitrage) est une très bonne chose pour un basketteur. Et surtout, on manque toujours d’arbitres…

Ref’mate c’est nouveau, c’est moderne et ça fait partie de l’aire de communication que j’aime bien sur la toile. Beaucoup d’arbitres sont connectés. Mais ce n’est pas tout. Beaucoup de basketteurs le sont aussi et peuvent découvrir des points de règlement intéressants. On l’utilise avec son téléphone, sa tablette n’importe où. On suit l’actualité.​ À tous, soyez les bienvenue sur Ref’mate. Parlez-en autour de vous et utilisez le un maximum pour apprendre et consolider vos connaissances. Je suis le premier à l’utiliser !