Yohan Rosso : « L’arbitrage est une école de la vie comme le sport en général. »

Yohan Rosso, arbitre international s’impose comme la nouvelle étoile de l’arbitrage francais et compte bien s’imposer sur la scène internationale. Un talent qui s’est construit avec à la force d’un travail acharné.

4 words for referee

1️⃣ Respect : Ce mot est pour moi un mot majeur dans l’activité d’arbitre. On doit respecter tous les acteurs (coachs, joueurs, bénévoles, spectateurs) et cela devrait être réciproque.

2️⃣ Maîtrise : L’arbitre doit maîtriser son sport dans le sens de maîtriser le règlement mais aussi d’avoir des connaissances larges sur celui-ci. Il doit aussi, et c’est une part très importante, maîtriser ses émotions. Un arbitre qui maîtrise ses émotions est plus apte à prendre les bonnes décisions.

3️⃣ Force : L’arbitre doit avoir une force mentale pour garder ses décisions et convictions qui sont parfois chahutées par des éléments extérieurs. L’image de l’arbitre est très importante. On nous demande d’être athlétique, être en bonne forme physique afin de pouvoir courir, être lucide dans l’effort et de dégager une image forte et positive sur le terrain.

4️⃣  Honnête : L’arbitre se doit d’être honnête dans les décisions qu’il prend, il doit être honnête avec soi même et accepter ses erreurs pour pouvoir devenir meilleur. L’arbitre ne peut pas toujours décider de façon juste mais ses décisions doivent être honnêtes.

Yohan, présente nous ton itinéraire biographique.

35 ans, en couple, professeur des écoles et arbitre, passionné de basket.

J’ai commencé très jeune à jouer au club du Perreux Basket (94) où mon père entraine. Il m’a poussé à prendre le sifflet étant jeune et je ne l’ai jamais lâché.

Je travaille dans l’éducation nationale (professeur des école auprès d’élèves en difficulté scolaire après avoir fait 2 ans en tant que conseiller pédagogique) et j’entraîne au club du Perreux basket. Puis le peu de temps qui me reste est consacré à ma chérie, ma famille, mes amis car ils sont très importants à mes yeux.

Présente nous ta carrière d’arbitre jusqu’à aujourd’hui.

Papa basketteur qui développe le club et crée des sections jeunes. Je commence le basket très tôt.

Mon père, arbitre en départemental / régional, nous explique les règles lors des entraînements en nous formant aux fondamentaux du basket. Comme chaque petit club, il manque des arbitres pour assurer les matchs des jeunes au club. Je passe ma formation vers 13-14 ans. J’arbitre quelques matchs d’adultes et de jeunes au club assez régulièrement puis pour le comité du Val de Marne dans les championnats départementaux et jeunes de  région. Je suis encouragé à passer la formation régionale rapidement.

Lors de mes 2-3 ans en région, je passe des stages de détection pour aller sur les filières nationales (stages de détection qui se déroule sur 3 ans avec un stage par an). J’échoue au dernier qui aurait pû m’amener en NM1 à environ 20 ans. Je suis repêché l’année d’après pour refaire l’avant dernier stage (appelé à l’époque stage de niveau) que je réussi. Je reviens au dernier stage du cursus plus mature, je le réussis cette fois et me voilà en NM1 la saison d’après.

Ensuite je suis passé en proB à la fin de ma 3ème saison en NM1. 3 ans en proB et je découvre la ProA.

Avec beaucoup de travail, je suis testé rapidement en tant que 1er arbitre en proA dans le cadre de la préparation à l’examen international. Je réussi une ascension rapide vers l’international.

La première année en Fiba, j’intègre le groupe qui officie en Basketball Champions League.

Dans ma 2e saison internationale, je suis invité à arbitrer le championnat d’Europe féminin moins de 16, la coupe du monde féminine moins de 19, l’EuroBasket féminin, l’EuroBasket masculin et sur la summer league NBA de Las Vegas.​

As-tu une anecdote qui a marqué ta carrière ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière car je ne m’attarde pas trop sur le passé. Je suis plutôt du genre à regarder devant.

Arbitre international, pensais-tu y arriver à ce niveau un jour ?

J’en rêvais… Après y arriver, non je ne pensais pas être à ce niveau quand j’ai commencé.

A chaque étape de ma carrière, j’ai simplement eu l’ambition et le courage de travailler pour aller sur l’étape suivante.

C’est un travail de tous les jours pour accéder à ce niveau d’arbitrage, quel a été le secret de ta réussite ?

Le travail et la persévérance… Malgré des échecs, j’ai encaissé et j’ai gardé le cap pour mener le navire où je souhaitais l’emmener… Et j’ai d’autres ports en vue. Il reste du chemin à parcourir !

J’ai essayé de faire chaque jour quelque chose en lien avec l’activité d’arbitre et qui me permettrait de devenir meilleur (regarder des matchs en live ou à la TV, lire le règlement, s’entraîner, aller à des clinics de coachs…). Cela paraît bête mais j’avais même un règlement dans mes toilettes pour rentabiliser le temps passé dans cet endroit.

J’ai investi aussi un peu d’argent en prenant parfois des billets d’avion, hôtel, tickets pour aller voir des matchs de très haut niveau en direct car ce n’est pas la même chose de regarder en live et à la TV.

Avec ton expérience d’arbitre international, comment envisages-tu la formation des jeunes arbitres ?

Pour moi, la formation des arbitres doit passer sur le terrain, en jouant au basket. Le fait de jouer te permet de comprendre, de vivre ce qu’il se passe sur le terrain. Beaucoup disent « jouer ou arbitrer, il faut choisir » et bah je pense que c’est une bêtise. Je pense qu’il faut faire les deux mais savoir où est sa priorité si les deux tombent au même moment​

Selon toi, quelles sont les lacunes et les améliorations de la formation des officiels ?

La formation s’est nettement améliorée au cours des dernières années avec plus de pratique, de la vidéo… Le problème pour les petits niveaux est que l’on forme des arbitres qui savent à peine jouer au basket, donc pour comprendre ce qui se passe et prendre des décisions, c’est plus difficile.

Je pense qu’il faut continuer à appuyer la formation au départ sur les techniques individuelles de l’arbitrage (garder une distance pour juger l’action, la juger à l’arrêt, comment courir d’une position à une autre en contrôlant le jeu, comment siffler, comment lever le poing ou la main, nos positions initiales, juger la défense (avoir la fenêtre pour arbitrer, juger la défense)

Pour moi, les entraineurs forment uniquement les jeunes à jouer et ils oublient qu’ils ont aussi un rôle essentiel à jouer dans la transmission des règles et dans la formation des arbitres. Dans beaucoup de gymnase, on voit les remplaçants sur le côté en train de se reposer quand les autres font du 5 contre 5.​

Je pense que c’est un moment pour apprendre à arbitrer et développer les valeurs citoyennes des joueurs mais les coachs n’exploitent que trop peu ou pas du tout cette situation. Ils sont focalisés sur le développement du joueur au sens restreint. Un joueur qui connaît les règles peut avoir un avantage sur celui qui ne les connait pas.​

Que penses-tu de l’instauration d’une obligation d’officier pour les jeunes joueurs ?

Ensuite, je pense que chaque licencier, devrait avoir pour obligation d’arbitrer un match dans l’année. Peu importe le niveau, prendre le sifflet peut créer quelque vocation mais surtout cela pourrait permettre à certains de vivre la difficulté d’arbitrer. Cela changerait peut-être le regard porté sur l’arbitre et les comportements sur le terrain. Peut être pas pour tout le monde, mais je suis sûr que cela changerait le regard et le comportement de certains.​

Enfin, la formation doit être large, on doit avoir des connaissances de joueurs mais aussi d’entraîneur et de joueur pour avoir une vue globale de l’activité. Cela permet à l’arbitre de comprendre ce qu’il se passe en face de lui, les actions, les émotions, les attitudes. Cela aide aussi à anticiper ce qu’il peut se passer sur le terrain.​

Qu’est-ce que doit etre un arbitre pour toi ?

Un arbitre est selon moi une personne calme, honnête, capable d’analyser ce qui se passe autour de lui, avec une connaissance et une maîtrise du jeu. Il doit avoir une image athlétique et doit être bon dans la communication.​

En pleine crise de vocation, de moins en moins de jeunes sautent le pas pour devenir arbitre, selon toi pourquoi ?

Qui a envie d’aller dans un gymnase, se faire crier dessus pour rester poli pendant 1h30-2h00 pour gagner peu d’argent ?! Car les arbitres débutants ne sont pas bien défrayés.

L’arbitre n’est pas respecté ni aidé des entraineurs à leur début. Généralement les coachs ne font que contester au lieu de coacher leur équipe (parfois par manque de solution dans leur coaching) afin de gagner le « championnat du monde départemental ». Bref, les relations manquent généralement de respect et surtout de pédagogie.

Ensuite, quand tu peux gagner un peu plus d’argent en allant faire un petit boulot,  tu vas là où tu peux rentabiliser ton temps. Ça ne me gêne pas qu’un jeune soit motivé par l’argent pour commencer, tant qu’il est investi, sérieux et respectueux dans ce qu’il fait.

Ainsi, quel(s) argument(s) donnerais-tu à un jeune basketteur souhaitant s’essayer à l’arbitrage ou devenir arbitre ?

Arbitrer, c’est avoir une connaissance encore plus poussée de son sport et cela peut servir en tant que joueur. C’est aussi se développer en tant que personne et c’est un moyen de gagner un peu d’argent.​

Que permet l’arbitrage pour un jeune ?

L’arbitrage est une école de la vie comme le sport en général. Cela permet d’évoluer en tant que personne. On a des responsabilités et il faut les assumer. On est engagé dans un projet.

C’est quoi déjà Ref’mate ?! Non, je plaisante… Je pense que tout ce qui permet de mettre un peu de lumière sur notre activité encore trop obscure est positif. Peu de gens s’intéresse à l’arbitrage donc cette démarche est top !​
Continuez ainsi, c’est frais ce que vous faite !