Maxime Boubert : « Aujourd’hui, je pense que sans cette activité je ne serais pas la personne que je suis. »

Maxime Boubert, plus jeune arbitre de Jeep Élite a répondu à nos questions et est revenu sur son parcours personnel, sa vision de la formation des officiels et les motivations qui l’animent au quotidien.

4 words for referee

1️⃣ Honnête : Savoir se remettre en question et reconnaître ses erreurs pour progresser.

2️⃣ Courageux : Pour se dépasser, il faut entreprendre et travailler, une petite facette du courage d’un arbitre.

3️⃣ Humble : Qui peut prétendre ne jamais commettre d’erreur ?

4️⃣ Juste : Être droit et faire respecter l’équité, est une qualité pour gagner le respect des acteurs.​​

Présente nous ton itinéraire biographique.

Le basket et moi ce n’était pas gagné car j’ai toujours voulu faire du foot étant petit. Ma mère ne se voyait pas rester dehors pendant l’hiver, elle m’a donc demandé de choisir un sport se pratiquant en intérieur. Je commence alors le basket à l’âge de 6 ans dans un club dans lequel je suis toujours licencié à SAINT LEU LA FORET. 

Mes débuts avec l’arbitrage ont mal commencé car je râlais beaucoup et plus jeune j’ai pris quelques fautes techniques. Pour me sensibiliser, mon club m’a alors demandé d’arbitrer des matchs le week-end et de m’inscrire à la formation départementale. ​J’y ai pris goût mais ce n’était pas ma priorité, j’adorais jouer et le jeu passait avant l’arbitrage. J’étais donc partagé entre deux activités réunies dans une même et seule passion.Mon investissement dans l’arbitrage est, je pense, un concours de circonstances.

Pour « la petite histoire » : avec mon équipe de Sannois Saint Gratien, nous étions qualifiés en quart de coupe France et au même moment j’étais également appelé à participer à un stage de détection quelques semaines plus tard, qui tombait le week-end des demi-finales de coupe de France. Malheureusement ou heureusement, nous avons perdu les quarts de quelques points et cette défaite a été dure à encaisser. Néanmoins, cela m’a donc permis de participer au stage d’arbitrage, qui a été pour moi une révélation et m’a fait prendre conscience de la carte à jouer dans l’activité. Aujourd’hui, me voilà arbitre de pro A.

Pour moi, l’arbitrage a été le moyen de découvrir beaucoup de choses, cette activité a joué le rôle d’école de la vie.​Par ailleurs, j’ai deux métiers à mi-temps. Tout d’abord, je travaille dans un collège en tant qu’Assistant d’Education puis dans un club de basket au BCFPB (Basket Club Franconville Plessis Bouchard). J’ai la chance d’avoir deux employeurs très compréhensifs de mon activité, qui me libèrent systématiquement pour arbitrer.​

Présente nous ta carrière d’arbitre jusqu’à aujourd’hui.

J’ai passé l’examen départemental à 15 ans​ pour officier la saison suivante à ce niveau. À 17 ans, j’accède à l’échelon régional. Par la suite, je suis promu en NM3 à 18 ans mais je n’arbitre que 3 matchs cette saison-là suite à une blessure, malgré ça j’ai la chance d’intégrer la NM2 à 19 ans.À 21 ans, j’intègre le haut niveau via la NM1 et dans la même saison je suis testé sur quelques matches de PRO B. Dès la saison suivante, à 22 ans, j’ai l’immense plaisir de goûter à la PRO A en étant dans la passerelle avec la PRO B. J’entame donc ma 3ème saison à ce niveau.​

As-tu une anecdote qui a marqué ta carrière ? 

C’est très dur d’en trouver une – je parle comme un ancien ahah ! – j’ai tellement de souvenirs :

  • J’ai officié sur le 100ème classico PAU / LIMOGES​.
  • Je suis parti en Nouvelle Calédonie puis Tahiti arbitrer les finales des jeux pacifiques.
  • Pour finir, avoir arbitré l’équipe de France cet été 2017.
Plus jeune arbitre de la division Jeep Élite, pensais-tu y arriver à ce niveau un jour ?

Quand j’ai commencé l’arbitrage, non absolument pas. Je me souviens, avec un de mes amis arbitres (Yacine) que nous nous étions fixés, à nos débuts, le niveau NM3/NM2. J’étais donc très loin de m’imaginer un jour arbitrer à un tel niveau et surtout 6 année après avoir commencé. Lorsque je suis arrivé en NM2, j’ai voulu me donner les moyens d’atteindre la PRO A.

J’ai beaucoup travaillé et je suis heureux aujourd’hui d’y être arrivé. C’était une fierté et je suis fier de représenter mon club (Saint leu la forêt), mon département (95) ainsi que la Ligue IDF au plus haut niveau.​

C’est un travail de tous les jours pour accéder à ce niveau d’arbitrage. Quel a été le secret de ta réussite ?

Oh ça je te le confirme, tous les jours ! Même les jours fériés ahah ! Je ne sais pas si c’est un secret mais j’ai une philosophie qui consiste à apprendre des choses chaque jour. Je me force à évoluer dans chaque domaine que ce soit au basket ou dans ma vie perso. Tout ce que je peux tirer de mes expériences positives comme négatives dans l’arbitrage peut me servir dans ma vie pro ou perso. Et inversement.

Je fais tout pour tourner de manière positive chaque expérience que je vie afin d’avancer et de devenir meilleur chaque jour. Aussi, je me laisse également des moments où je coupe tout. Je relâche la pression, prends du temps pour me détendre et surtout recharger les batteries pour mieux repartir.​

Ton age a-t-il été un frein dans ton ascension vers le haut-niveau ?

Visiblement non car les différentes instances (CFO, HNO) ont décidé de me faire confiance et je les remercie. Mon âge m’a par contre desservi dans quelques moments de mon début « carrière ».

En effet, mon manque d’expérience et de maturité s’est parfois fait ressentir, il a donc fallu s’adapter, écouter puis avancer toujours avec le même objectif : celui de devenir meilleur chaque jour. Tout ça m’a justement permis d’avancer plus vite dans certains domaines.​

Nous sommes convaincu que la jeunesse d’un arbitre est un atout perfectible. Penses-tu que ta jeunesse est bénéfique ou plutôt un inconvénient à ce niveau (Jeep Élite) ? 

Honnêtement, dans ma situation, l’âge est un sujet récurent mais qui, pour moi, ne devrait pas prendre autant de place car je pense qu’il ne faut pas se focaliser sur l’âge d’une personne mais sur ses compétences. L’avantage que j’ai est que je peux prétendre à devenir arbitre international jusqu’à mes 35 ans, ce qui me laisse encore un peu de temps. Il faut juste être réaliste et ne pas vouloir griller les étapes.

Je manque encore d’expérience, il faut donc que je sois observateur et patient. Pour ma part c’est très bénéfique car mes collègues n’hésitent pas à partager leurs avis et différentes expériences. Je m’enrichis beaucoup à leurs côtés​ et c’est très utile dans ma vie de tous les jours.​

Intégré dans le programme « On The Road To FIBA », comment envisages-tu ton avenir dans l’arbitrage ? 

Tout d’abord je tiens à remercier les différents acteurs de ce programme pour l’organisation d’une telle formation. Ce programme est unique en Europe et nous pouvons constater, sur les différents stages à l’étranger l’avance que nous avons. Je suis encore jeune, donc j’essaie de me fixer plusieurs objectifs :

  • À court terme, je vais travailler dur pour postuler à la prochaine session qui délivre les licences FIBA. Elle aura lieu en 2019.
  • À moyen terme, j’envisage de participer au plus grand championnat Européen tout en continuant de devenir un arbitre reconnu dans les divisions françaises.
  • Pour finir, je vais travailler dur pour essayer d’atteindre les compétitions reines comme les championnats d’Europe, du Monde voire les JO.

Après, mon rêve serait un jour de fouler un parquet NBA…​​

Tu es arbitre HN, jeune et tu formes les futures générations d’arbitres, de ce fait ton regard sur la formation doit etre particulière. Ainsi, comment envisages-tu la formation des jeunes arbitres ?

Premier point « le partage est richesse », alors oui je suis passionné par le partage de mon expérience avec des jeunes arbitres. Le second point qui concerne la formation se porte sur : « la motivation que les jeunes arbitres ont en eux ».​ Je pense que l’on ne peut pas avoir le rêve d’arbitrer un jour du haut niveau, sans connaître le Basket Ball.

La formation doit être au plus proche de ce que nous arbitrons, c’est-à-dire : « le jeu ». Pour cela il faut s’entrainer à arbitrer. Bien entendu, il est important que l’arbitre soit à jour des compétences qui lui sont nécessaires pour que la rencontre se passe bien. Il est garant de l’application des règles. Néanmoins à cela, la capacité à décider doit être reliée ce qui se passe sur le terrain. C’est en ce sens qu’il est important alors de jouer, pour ressentir, et se former à la technique Basket.

Les formations des entraineurs sont de belles occasions de progresser. ​L’évolution de la formation actuelle se développe très bien et très vite. Si je devais apporter ma petite réflexion elle serait de se calquer à la formation d’un joueur. Pour les arbitres en général, (notre volonté est de progresser à chaque match, ce qui implique que nous avons toujours de nouvelles choses à apprendre et améliorer. Cela peut être de la mécanique, du jugement ou encore de la gestion.)

Avant je travaillais de la sorte : sur chaque match, je trouvais des défauts et je tentais le match d’après de mieux faire. Désormais je fonctionne différemment 👉 Quand on forme un joueur, on reste sur le même thèmes plusieurs entrainements.

Pour vous donner un exemple : lors d’un entrainement, je ne vais pas faire un travail sur les passes, sur le drible ou sur le tir en même temps, je vais chercher à travailler un point technique précis sur plusieurs séances. Je pense qu’il faut fonctionner de la même manière dans l’arbitrage, prendre un point et le bosser sur 4 voire 5 matches tout en étant focus sur sa prestation. La commission mini-basket de la fédération travaille sur des actions pour sensibiliser les jeunes à l’arbitrage, il faut continuer dans ce sens car le vivier est présent dans ces catégories.​

Selon toi, quelles sont les lacunes et les améliorations de la formation des officiels ?

Je ne serais pas capable de te citer des lacunes précises car je ne suis pas assez acteur pour trouver les manques de chacun.Il y a tellement de formations différentes (départementale, régionale…). Chaque organisme tend à se développer du mieux possible afin d’assurer une évolution de l’arbitrage français. ​Avec le temps, peut-être que les contenus et/ou différentes méthodes d’apprentissage vont se mutualiser d’une formation à une autre et là, le suivi sera sans doute plus performant.​Aussi, les différents organismes commencent à développer tous les outils numériques. C’est la voie à suivre surtout pour les jeunes arbitres. Avec internet, nous disposons d’énormément de ressources, reste à les trier et les diffuser intelligemment et de manière adaptée comme Ref ‘mate le fait. (je fais un peu de pub 😉)​

Pour toi, que doit être un arbitre ?

Quelqu’un qu’on ne remarque pas pendant la rencontre, qui doit avoir une bonne connaissance du jeu afin de savoir ce qui est bon de siffler ou non de manière à rester le plus cohérent possible. Il doit être humble et au service du jeu. Un bon arbitre c’est aussi quelqu’un qui véhicule une bonne image sur et en dehors des terrains.​

En pleine crise de vocation, de moins en moins de jeunes sautent le pas pour devenir arbitre, selon toi pourquoi ? 

Peut-être que l’activité n’est pas assez mise en avant de manière positive. Dans les clubs aujourd’hui quand on demande qui veut arbitrer, personne lève la main. Aller arbitrer en département, pour se faire crier dessus pendant 2 heures ce n’est pas très réjouissant. ​Il y a peut-être un travail à faire en commun afin de changer les mentalités vis-à-vis de l’activité.Je pense qu’il serait bénéfique de valoriser un peu plus les jeunes qui débutent l’arbitrage.​

Ainsi, quel(s) argument(s) donnerais-tu à un jeune basketteur souhaitant s’essayer à l’arbitrage ou devenir arbitre ?

De foncer et surtout de s’accrocher ! Ce n’est pas une activité « difficile » à proprement dit, il arrive parfois de vivre des expériences pas très agréables il ne faut pas se le cacher. C’est justement dans ces moments-là qu’il faut continuer, ce sont des expériences riches pour grandir et apprendre sur soi-même. C’est un peu une école de vie et dans la vie il ne faut pas s’arrêter à un échec.​

Que permet l’arbitrage pour un jeune ?

Pour certains de prendre confiance en soi, de gagner en responsabilité. Mais aussi d’avoir une remise en question tout autre que l’on peut avoir dans la vie de tous les jours. Ce que je mettrai aussi en avant c’est de prendre des décisions, souvent on se repose sur les autres pour décider à notre place, là le sifflet est dans notre bouche et c’est à nous de se décider.​

Penses-tu la démarche de Ref’mate intéressante ? 

Je trouve votre démarche très utile et très bien cadrée !! Le contenu est bien ciblé et structuré. Vous vous êtes adaptés au type de communication actuel le plus utilisé : les réseaux sociaux. On voit très souvent vos publications, partagées par différents acteurs du basket (coachs, joueurs..) même en Nouvelle Calédonie on parle de vous !​

J’aurai un message pour les utilisateurs de Ref’mate : continuez à faire vivre cette page qui est une bonne chose pour l’arbitrage. N’hésitez surtout pas à partager vos avis, il n’y a pas de question bête ou de mauvaise réponse. Ref’mate est aujourd’hui l’une des pages les plus référencées sur l’arbitrage.